Les signes qui montrent qu’une prise de masse est nécessaire

Lancée par la nouvelle entreprise technologique britannique Urban.mass, la première solution de transport sans conducteur et zéro émission prend forme sous la forme de pods électriques autonomes. Ces modules, capables de circuler sur rail et sur route, visent à révolutionner la mobilité urbaine.

Urban.mass ne se contente pas de promettre la mobilité urbaine du futur : elle la construit, pièce par pièce. Avec ses pods électriques sans conducteur, l’entreprise entend bousculer les codes du déplacement citadin. Derrière cette vision, une promesse : permettre aux passagers d’être récupérés où ils le souhaitent, à n’importe quelle heure, en utilisant à la fois les routes existantes et des pistes surélevées intelligentes, spécialement conçues pour ces véhicules.

L’argument économique ne laisse pas indifférent. Urban.mass annonce un coût divisé par deux par rapport au rail urbain classique, et un déploiement deux fois plus rapide. Dix villes, au Royaume-Uni et ailleurs, devraient voir ces réseaux sortir de terre d’ici 2030. Le tout premier prototype sera dévoilé au National Railway Museum, Locomotion, en 2025.

Pour mieux saisir ce qui se cache derrière cette innovation, Frankie Youd s’est entretenue avec Kevin O’Grady, PDG d’Urban.mass. Au menu : les choix technologiques, l’impact environnemental, et les coulisses d’une ambition qui ne manque pas d’air.

Crédit : Urban.mass.

Frankie Youd : Comment cette idée a-t-elle vu le jour ?

Kevin O’Grady : Urban.mass, c’est avant tout la concrétisation d’un ras-le-bol partagé. Ricky Sandhu, architecte britannique, voulait en finir avec les galères de transport à Londres. Plusieurs essais, des concepts novateurs, et puis ce déclic : une solution où simplicité et efficacité allaient de pair. Quand il m’a montré la vidéo de son projet, tout s’est éclairé. Rien n’est totalement inédit dans ce que nous faisons : les trains surélevés existent déjà, les véhicules autonomes aussi. Mais rassembler ces briques, y ajouter la réservation à la demande via smartphone, et tout imbriquer dans une seule plateforme, c’est là que réside la rupture.

Ce qui frappe, c’est l’accueil du public. Les gens adhèrent, ils veulent voir ces pods débarquer dans leur ville. La réserve revient toujours : « Est-ce que ça marche vraiment ? » Il faut parfois des profils comme Ricky pour oser dépasser la prudence ambiante et transformer l’idée en réalité.

Quelle technologie embarquent les pods ?

Les modules s’apparentent à des véhicules électriques nouvelle génération : chaque roue bénéficie de son propre moteur électrique. On part d’une approche pragmatique : commencer simple, mais solide. L’absence de conducteur libère de l’espace, ce qui offre un habitacle plus généreux qu’un minibus classique.

Le premier prototype, qui rejoindra le Musée national du chemin de fer, transportera les visiteurs entre la zone historique et le bâtiment de la locomotion. Il pourra accueillir douze personnes assises et quatre debout, un compromis idéal pour répondre aux besoins du transport collectif urbain.

Crédit : Urban.mass.

La réservation joue aussi un rôle central. Chaque passager est identifié et son trajet enregistré. Cette traçabilité limite les comportements inappropriés : en cas d’incident ou de propos déplacés, l’opérateur peut rapidement agir, voire suspendre l’accès du voyageur concerné.

La pandémie a changé la donne : partager un wagon bondé de 170 personnes n’attire plus grand monde. Urban.mass limite la capacité à douze places assises et quatre debout, pour que chacun voyage sereinement. Si une personne en fauteuil roulant ou un cycliste doit embarquer, l’aménagement s’adapte : le nombre de places debout diminue, mais l’accessibilité est garantie. L’entrée du pod est au même niveau que le quai, rendant le service inclusif dès la conception.

Comment fonctionne la prise en charge des passagers ?

Urban.mass prévoit un service hybride. Aux heures de pointe, les pods circuleront selon une fréquence régulière. Le reste du temps, le système basculera sur la réservation à la demande. Un groupe d’amis souhaite rentrer tard ? Il suffit de réserver un pod, en toute sécurité, sans dépendre des horaires fixes.

La réservation s’effectue en quelques clics, sur une application familière, à l’image des plateformes de VTC. En consultant l’horaire, chaque passager sait précisément quand son module sera là. Terminé l’attente interminable : la confirmation du siège s’affiche, et chacun s’organise en conséquence.

Il sera même possible de réserver son trajet plusieurs jours à l’avance. Cette flexibilité, c’est le pari pour inciter les citadins à délaisser la voiture et à redécouvrir le transport partagé, débarrassé de ses contraintes traditionnelles.

Quels bénéfices environnementaux apportent ces pods, au-delà de leur alimentation électrique ?

Au-dessus de la piste, un auvent solaire protège les véhicules tout en générant leur électricité. Cette canopée double usage permet à la fois de préserver les pods de la chaleur ou des intempéries, et d’alimenter le système en énergie renouvelable. Les calculs préliminaires sont prometteurs : non seulement l’autonomie énergétique est atteinte, mais un surplus pourrait même être revendu au réseau, réduisant ainsi le coût des billets pour les usagers.

Crédit : Urban.mass.

Urban.mass vise à s’intégrer sans heurts dans les paysages urbains. Le réseau surélevé évite les bouchons et les attentes interminables aux passages à niveau. Imaginez : une file de voitures bloquées pendant qu’un train vide traverse la ville, moteur tournant, émissions qui s’accumulent. Avec les pods, piétons et véhicules passent sans entrave, et la circulation retrouve sa fluidité. L’objectif : compléter le maillage existant, métro, ports, aéroports, en proposant une alternative souple et sans impact négatif sur la ville.

L’usage logistique n’est pas en reste. La nuit, quand le trafic voyageur s’arrête, les mêmes modules peuvent transporter des colis. Plus besoin de multiplier les camionnettes en centre-ville : ces trajets discrets réduisent la pollution et désengorgent les routes, tout en optimisant l’utilisation du réseau.

Où ces pods seront-ils déployés au Royaume-Uni, et quels sont les développements à venir ?

Plusieurs villes se sont montrées intéressées, séduites par une solution qui tranche avec les bus ou tramways classiques, trop souvent source de congestion supplémentaire. L’élévation des pistes fait la différence, même si chaque agglomération doit composer avec ses contraintes : certaines zones exigeront de passer sous terre, ou de revenir au niveau du sol, faute d’espace suffisant.

Cette technologie s’adresse aussi bien aux grandes métropoles qu’aux territoires isolés. Dans des pays où le soleil abonde mais où les inondations sont fréquentes, les infrastructures surélevées prennent tout leur sens. Installer un réseau vers des villages reculés, c’est parfois offrir une bouffée d’oxygène à des régions entières, en facilitant leur développement sans sacrifier la mobilité.

Le décor est planté : Urban.mass avance à grands pas, déterminée à réécrire la carte de la mobilité. Reste à voir quelles villes oseront franchir le premier le pas, et si, demain, l’image familière des embouteillages ne sera plus qu’un souvenir d’un autre temps.