Comptez sur la nature pour briser nos certitudes : une silhouette grise fend l’eau, et soudain, la notion de “vitesse” prend un autre sens. Les requins n’ont pas volé leur réputation de torpilles vivantes, capables de rattraper, sans crier gare, bien plus qu’un nageur recordman.
Certains requins sont capables de filer à la hauteur de petits moteurs hors-bord. Dans l’océan, leur agilité est sans égal. Ils glissent, accélèrent, ralentissent, inversent leur trajectoire : une aisance héritée de millions d’années d’évolution. Le requin se sait au sommet de la chaîne alimentaire, et il se comporte en conséquence, sans la moindre précipitation.
Tout peut changer à l’instant où une proie se présente. Prenez le requin-renard : il peut passer d’une allure paisible à une accélération fulgurante, virant brusquement pour surprendre sa cible. Cette capacité à moduler leur allure selon le contexte fait toute la différence.
Mais quelle vitesse peut vraiment atteindre un requin ? À force d’entendre des chiffres, difficile de se représenter ce que cela signifie sur le terrain. Voyons ce que révèlent les comparaisons concrètes.
Vitesse de nage des requins : quels paramètres entrent en jeu ?
Les requins sont taillés pour les sprints, en particulier lors d’une attaque. Leur stratégie évoque celle du guépard ou du tigre : attendre le moment opportun, puis fondre sur la proie à toute allure. Cette adaptation leur permet aussi bien de fondre en embuscade, comme le wobbegong, que de mener une course-poursuite effrénée.
L’environnement compte énormément. Les requins installés dans des eaux glaciales, par exemple, nagent souvent à un rythme bien plus lent que leurs cousins des mers tempérées ou tropicales.
Autre facteur : la silhouette de l’animal. Les espèces fines et profilées battent aisément les plus massives question rapidité. C’est la différence entre le bolide des mers et la lourde berline.
Les requins les plus rapides du monde marin
En moyenne, un requin parcourt l’eau à environ 8 km/h (soit 5 mi/h). Lorsqu’il se déplace sans urgence, sa vitesse tombe à 2,4 km/h (1,5 mi/h). Mettez cela en perspective : même les nageurs d’élite, ceux qui tutoient les records du monde, plafonnent autour de 8,5 km/h (5,4 mph). On parle ici de sportifs comme Cesar Cielo, Michael Phelps, Lin Zhang, Mark Spitz… Pas de monsieur Tout-le-Monde.
À pleine vitesse, certains requins peuvent dépasser les 20 km/h et ainsi rivaliser avec un petit bateau à moteur. Mais l’appétit décuple leur énergie : à l’approche d’une proie, ils peuvent bondir à 20 km/h, voire plus. Côté humain, seule une sortie précipitée de l’eau permettrait d’atteindre une telle allure, et encore, uniquement sur la terre ferme.
Voici un aperçu des espèces les plus véloces, établi à partir de mesures recensées sur le terrain :
- Le requin-tigre (Galeocerdo cuvier) file jusqu’à 32 km/h (20 mi/h).
- Le requin bleu (Prionace glauca) a déjà été chronométré à 39,4 km/h (24,5 mi/h).
- Le requin-taureau (Carcharhinus leucas) atteint, lui, 40 km/h (25 mi/h).
- Le grand requin blanc (Carcharodon carcharias) : la légende des océans. Il atteint 40 km/h (25 mi/h), même si certains témoignages font état de pointes à 56 km/h (35 mi/h) lors des chasses. Soit environ neuf fois la vitesse d’un nageur moyen.
- Le requin mako à nageoires courtes (Isurus oxyrinchus) : le champion toutes catégories.
Le mako à nageoires courtes explose tous les compteurs. (Photo : NOAA/Wikimedia Commons)
Ce prédateur se distingue par sa fougue : il nage, bondit, franchit des obstacles, quitte même la surface pour s’élancer jusqu’à 6 mètres hors de l’eau. Sa vitesse ? Près de 50 km/h (31 mi/h), soit la cadence d’une embarcation légère.
Des études menées en Nouvelle-Zélande ont permis d’observer un jeune mako passant de l’immobilité à une centaine de pieds en deux secondes. Sur le moment, il a probablement dépassé les 60 mi/h. Grâce à cette propulsion, le mako attrape des poissons réputés pour leur vivacité, l’espadon ou le voilier, par exemple, eux-mêmes capables d’atteindre des pointes à 97 km/h (60 mi/h) lors de bonds hors de l’eau.
Pourquoi certains requins vont-ils si vite ?
Leur secret ? Une capacité à conserver leur chaleur interne. Contrairement à la plupart des poissons, les makos et les grands blancs restent plus chauds que l’eau environnante, ce qui optimise leur puissance musculaire. À l’inverse, les requins évoluant dans les eaux froides affichent des performances bien plus modestes.
Prenez le requin du Groenland : il évolue dans une mer à 2 °C, avance à 1,22 km/h (0,76 mi/h) et ne dépasse jamais 2,6 km/h (1,6 mi/h). Même topo pour le requin Megamouth, qui glisse lentement à 1,5 km/h pour un maximum de 2,1 km/h. Entre les deux extrêmes, l’adaptation règne en maître.
Quant aux humains, qu’ils se rassurent : rares sont les requins qui viendront les poursuivre pour tester leur rapidité. Avec un peu de bon sens et de prudence, la baignade reste un plaisir partagé… aussi longtemps que l’on respecte la mer et ses habitants.



